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Bruce Lee raconté par sa femme Linda
Bruce par linda |
« Connaissez-vous Bruce Lee ? Si j'avais dit: « Savez-vous qui est Bruce Lee ? » , presque chaque homme, femme et enfant de Hong Kong et du Sud-Est asiatique, et beaucoup de gens du reste du monde auraient immédiatement répondu « Bruce Lee est un acteur de cinéma qui a beaucoup d' argent, une grande maison, de splendides voitures, qui est terriblement élégant, et peut accomplir des exploits physiques qui étonnent et enthousiasment les adeptes du cinéma encore et toujours». Mais connaissez-vous réellement Bruce Lee ?
J'ai été mariée avec lui pendant presque neuf ans. J'ai été plus proche de lui que quiconque durant toute cette période, et néanmoins je dois dire que je ne connais pas Bruce Lee complètement.
Mais sans doute le connaissais-j e mieux que beaucoup, et j'aimerais jeter quelques lumières sur cette question. Qui est Bruce Lee? Quand, pour la première fois, j'ai décidé d'écrire cet article sur mon mari, j'ai pensé qu'il serait difficile de le décrire en peu de lignes, mais je réalise cependant que c'est en fait une tâche simple, car Bruce Lee est un homme simple.
Il est un homme simple car il sait naturellement ce qu'il veut et il fait en sorte d'y parvenir sans détour et honnêtement.
Il ne fait pas de compromission, et choisit le chemin le plus direct. Il ne joue pas avec les gens, ne se laisse pas tenter par des affaires fantastiques, des offres d'argent ou de gloire. Il sait simplement ce qu'il veut, et avec beaucoup de soin il fait en sorte d'y parvenir.
C'est parce que Bruce Lee se connaît parfaitement, mais cela n'a pas été une tâche aisée: Ça ne s'est pas fait en un jour, ça lui a demandé plusieurs années, et c'est d'ailleurs un processus constamment perfectible. C'est pourquoi je ne peux jamais dire que je connais tout sur cet homme qui découvre, change et agrandit chaque jour son horizon.
C' est un individu avec qui il est extrêmement exaltant de vivre. J' aimerais vous dire comment Bruce, au moins pendant les dix années que je l'ai connu, s'est transformé pour devenir l' homme qu' il est maintenant, tout en étant le même homme que j'ai épousé il y a des années.
Je vous parlerai de Bruce aussi objectivement que possible, aussi le connaîtrez-vous 'mieux et, comme moi, le considérerez-vous comme un homme extraordinaire.
Quand je l'ai rencontré pour la première fois, nous étions tous deux étudiants. Nous nous amusions beaucoup; avions peu de soucis, ne pensions pas beaucoup au futur.
Il enseignait à un petit groupe la pratique des arts martiaux et cela plaisait aux gens de son entourage. Au fur et à mesure de nos relations, nos projets pour le futur se précisèrent, et nous décidâmes de nous marier.
Je ne pouvais pas penser à l'époque que ce serait la chose la meilleure et la plus importante qui puisse m' arriver. Je ne pouvais pas prévoir alors que partager sa vie serait .aussi enrichissant. Pour Bruce, le fait de prendre femme et d' avoir un enfant lui apportait des responsabilités accrues, et dès cet instant sa vie semble avoir été plus compliquée.
Le premier objectif était de trouver un travail pour assurer les moyens d' existence de la famille. Mais, malgré tout, Bruce n' était jamais content de sa simple existence. Il y avait autre chose : ses rêves. Il l'ignorait â l' époque, mais ses rêves commençaient à ressembler à la réalité. Son instinct prémonitoire commençait à influer sur son futur. |
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Les années de bohèmes |
Pendant les années où il n' était pas riche, mais heureux, il a beaucoup étudié, il a pratiqué les arts martiaux intensément, il rêva, et ses ambitions se précisèrent. De difficile qu' elle était, sa vie se simplifia. Après l' époque de la série télévisée « Le Frelon vert » qui le révélait au public, avec un avant-goût d'aisance et une réputation solide d' expert d' arts martiaux, il eut été facile de battre le fer pendant qu'il était chaud et de créer une vaste chaîne nationale d' écoles de kung-fu.
Aux États-Unis, les arts martiaux venus d'Orient sont des affaires rentables; et il eut été facile pour Bruce de gagner beaucoup d'argent et a:voir une vie de luxe. Mais, à cette époque, ses rêves touchaient à leur but et une chaîne d' écoles d' arts martiaux n'était pas dans ses plans. Ses amis et ses relations insistèrent pour qu'il le fasse, qu' il saisisse cette occasion mais Bruce ne cherchait pas à saisir les occasions, il 1es provoquait.
Ses années de pratique avaient développé en lui un intérêt intense pour .les arts martiaux, et il ne pouvait pas sacrifier son art pour un enseignement de masse, où il ne pourrait pas contrôler la qualité. Ce concept de qualité a une grande signification pour Bruce. Qu'il s'agisse d'une action simple ou d' une décision importante, tout ce qu'il fait reflète la qualité. |
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En route vers la gloire |
Les 6 années qui suivirent ne furent pas faciles, il était souvent déprimé et découragé. Pour un festin, il y avait beaucoup de jours de famine. Mais le but était atteint, il ne voulait pas revenir en arrière, quoi qu'à tout moment il lui été facile de se servir de sa célébrité dans le domaine des arts martiaux.
Il avait le courage de ses idées (que beaucoup ont), mais aussi 1e courage de les mener à bien (qualité rare) : Même pendant ces années où il ne semblé pas qu' il ait été récompensé de ses efforts, il se soumit lui-même à un travail constant d' amélioration.
Il ne lui suffisait pas d' effleurer les choses, il les faisait en profondeur; s' entraînant quotidiennement, étudiant la physiologie humaine, et toutes les sortes de combat occidental oriental, ancien et moderne, s' imprégnant des philosophies des diverses cultures, étudiant les méthodes des cinéastes dans le monde, et de toutes ses observations, conservant ce qui lui convenait et rejetant le reste.
Cette faculté instinctive d'appréciation lui permettait d' apprendre et de retenir quelque chose de toute. situation qu' il s'agisse d' une réunion avec un acteur américain célèbre ou d'un moment passé avec un garçon de restaurant.
Il a consigné ses réflexions et écrivait des notes d' encouragement pour conserver un état d' esprit positif. Il avait écrit sur les murs un de ses principes : «marche ! » et il l' appliqua exactement.
Il a surmonté ses mauvais moments parce qu' il avait cette aptitude à subir, et il savait que pour atteindre le succès il lui fallait fournir un dur travail. Mais Bruce ne pouvait pas n'être qu'un penseur, il devait être un acteur.
Aux États-Unis, il avait vu beaucoup de films chinois récents et il savait qu'il pouvait être meilleur et il se voyait capable de le faire puis il y eut Big Boss et La Fureur de Vaincre qui sont entrés dans l'histoire.
Son désir constant de s'améliorer a mené à «Opération Dragon» qu'il entreprit de réaliser lui-même, d' écrire le scénario et d'interpréter le rôle principal. Avec un engagement extraordinaire et l'énergie de 10 personnes, il s'est attaché avec patience à chaque détail du film, portant son attention dans tous les domaines, depuis la décoration jusqu'au doublage du son, en passant par le choix de la musique.
Il joua même d'un instrument pour la bande son ! Les résultats ont été dignes de ses efforts. La première fois que j'ai vu Opération Dragon, j'ai été étonnée qu'il soit capable de tant de talent et d'imagination pour produire ce film de qualité, particulièrement lors de sa première expérience de réalisateur.
Et ses ressources intérieures sont si riches qu'elles ne peuvent qu'engendrer des choses plus positives à l'avenir. I1 ne cherche pas à être connu ou plus riche, mais à être apprécié et à accroître le goût du public.
Je pense que c'était le destin de Bruce de devenir producteur, parce qu'il est capable d'observer les gens avec honnêteté et de l'exprimer avec justesse à l'écran. Avec en plus cette rare qualité que l'on appelle le charisme et qu'il est difficile de traduire en chinois.
Le charisme est une force de concentration qui s' échappe de l' écran et envoûte le public: Une relation personnelle s' établit immédiatement. Une force de personnalité qui suscite une attraction immédiate et par-dessus tout, une grâce intense.
Bruce est conscient constamment des émotions qui l' entourent et qui sont en lui. Il découvre de nouvelles choses à chaque instant de la journée. Oui, Bruce a réussi. Ses rêves sont devenus réalité. Il n'a jamais pu arrêter sa quête constante.
Il pourrait faire 20 films d' affilée et signer un contrat de 10 millions de dollars, et ceci sereinement. Mais il ne le fera pas. Dans chaque film, il mettra son cœur et son âme. Vous ne pourrez voir qu'un ou deux films de Bruce Lee par an, mais vous vous en souviendrez.
Pendant combien de temps peut-il continuer à utiliser cette énorme source d'énergie? Jusqu'où pourra-t-il la répandre? Je ne vois aucune limite. De ma relation très proche avec lui toutes ces années, et ma connaissance de sa manière de travailler, je pense que Bruce Lee apportera une énorme contribution à la production cinématographique et trouvera une place de choix dans les cœurs et les esprits des générations futures. Et ce n'est qu'un début... » |
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La fin d'une légende : |
Le 20 juillet 1973, vers quatorze heures, Raymond Chow passe chercher Bruce chez lui, a Cumberland Street. Les deux hommes discutent du scénario du jeu de la mort, puis ils se rendent chercher l'actrice taiwanaise Betty Ting Pei, afin de lui proposer un rôle dans le film. Ils arrivent chez elle vers seize heures. Betty leur offre des boissons non alcoolisées, et ils passent plusieurs heures à discuter.
Bruce se plaint de maux de tête, et Betty lui administre un cachet d'Equagésic, un genre de calmant. Vers dix-neuf heures trente, Raymond Chow part à l'hotel Miramar où il a rendez-vous avec l'acteur australien Georges Lazenby. Bruce lui dit qu'il le rejoindra plus tard, et il va s'allonger. Après le départ du producteur, Betty tente à deux reprises de réveiller Lee, qui semble profondément endormi. Finalement elle appelle Chow qui revient chez elle vers vingt-et-une heure trente.
Voyant que Chow ne parvient pas à r'éveiller Bruce. Bettv Ting fei téléphone à son médecin, le docteur Chu Pho-Hwye. Celui-ci décide de faire hospitaliser Bruce et appelle une ambulance. Plus tard, au cours de l'enquête qui suivra, on demanda au docteur Chu pourquoi il n'a pas envoyé Lee au Baptist Hospital, tout proche, mais au Queen Elisabeth Hospital, beaucoup plus éloigné, alors que des soins rapides étaient nécessaires : "j'ai tenté de ranimer Lee pendant au moins dix minutes, répondit Chu. Comme il ne réagissait pas, il ne m'est pas venu à l'idée que le temps pouvais être un facteur important".
Vers 22H30, à son arrivée à l'hospital, les médecins tentent de sortir Bruce du coma en lui insufflant de l'oxygène, et par massage cardiaque. Linda Lee attend aux cotés de Raymond Chow, qui l'a prévenue.
Finalement, à vinqt-trois heures trente, Chow annonce aux reporters venus aux nouvelles : « Bruce est mort ». Le petit Dragon aura droit à deux cérémonies funèbres, l'une à Hong Kong et l'autre à Seattle aux États-Unis où il sera inhumer.
A Knowloon, c'est une foule immense, de 10 à 20 mille personnes, dont certaines avaient dormi dans la rue, qui s'est massée le long de l'itinéraire emprunté par le cortège. Bruce repose dans un cercueil ouvert, à l'intérieur d'un salon funéraire.
Des centaines d'amis et admirateurs défilent toute la journée pour présenter leurs condoléances à Linda et à ses deux enfants, vêtus de blanc ainsi.
Grace et Peter Lee se tiennent a ses côtés. Lo Wei, Raymond Chow, Nora Miao (co-vedette de Bruce et qu'on dit avoir été sa maîtresse) et Georges Lazenby, entre autres, viennent s'incliner devant un autel surmonté d'une photo du défunt.
Pour Linda la cérémonie est terrible. Lorsque le cercueil est porté à l'extérieur, les trois cents policiers ont du mal à retenir la foule et l'on assiste à quelque, scènes d'hystérie.
Six -jours plus tard, Bruce est enterré au cimetière de Lake View, à Seattle. Des funérailles discrètes qui réunissent au plus une centaine de personnes. James Coburn, Steve Mac Queen, Robert Lee, Taky Kimura et Dan Inosanto portent le cercueil.
Suivant la volonté de Bruce, Linda conclut le service funèbre par un verset de « When I die », le grand succès du groupe Blood, Sweat and Tears : « Et lorsque je serais mort et loin, il y aura toujours la naissance d'un enfant dans ce monde pour prendre le relais... ».
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